Egalité des sexes dans les livres jeunesse : stop aux clichés !

Egalité des sexes dans les livres jeunesse : stop aux clichés !

Si écrire des livres jeunesse qui défendent ouvertement l’égalité des sexes est essentiel pour faire évoluer les mentalités, cela ne suffit pas. Au-delà de ces ouvrages ouvertement engagés et antisexistes, le féminisme littéraire requiert une attention de tous les instants pour ne pas reproduire ces clichés qui maltraitent l’égalité des femmes et des hommes, des filles et des garçons.

C’est peut-être un détail pour vous…

L’exemple le plus parlant est certainement cette image (encore, hélas, trop souvent répandue !) de la mère à la cuisine quand le père rentre du travail… Combattre les préjugés, c’est d’abord bien sûr éviter ce type de scène.

Mais, ici comme ailleurs, le diable se cache dans les détails car une multitude d’autres situations et attitudes véhiculent nos préjugés, tels cette petite fille décidemment bien en retrait, ce garçon qui ne quitte pas son ballon de foot, cette mère attentive qui prend soin des enfants à l’intérieur de la maison quand le père les emmène jouer dehors…  Apparemment anodines, beaucoup de ces représentations stéréotypées passent inaperçues aux yeux du lecteur, du moins consciemment.

… mais dans les livres ça veut dire beaucoup !

Pour traquer les clichés, il faut chausser ses « lunettes de genre » pour reprendre l’expression de Marion Pillas, l’une des cofondatrices de la nouvelle revue féministe La Déferlante. Et distiller, ici et là, des représentations plus égalitaires.

Par exemple, dans mon dernier album documentaire sur les robots et l’intelligence artificielle, j’ai sciemment placé une femme aux commandes du rover qui atterrit sur Mars tandis que sur la photo de famille, c’est un homme qui tient le bébé dans ses bras.

robots bébé papa

De même, dans Le Super-livre de mes 10 ans, j’ai pris soin de choisir un garçon et une fille comme personnages récurrents qui accompagnent la lecture du documentaire. Et devinez quoi ? Nina est aussi turbulente que Luc (voire plus) car il n’était pas question de la représenter sagement en train de lire pendant que son copain se défoulait ! 

Sans que l’égalité de sexes ne soit le sujet du livre, on peut voir la petite fille un pistolet à la main ou décidée à se lancer dans l’informatique, ce secteur désespérément masculin, tandis Luc ose exprimer sa peur face à la Vallée de la mort ou au monstre du Loch Ness.

     

Des éditeurs engagés

Désormais, de plus en plus de maisons d’édition prennent en considération ces questions de genre, à commencer par la très engagée Talents hauts, dont c’est même la ligne éditoriale.

Récemment, j’ai été à la fois surprise et ravie de lire, à la fin du contrat que je viens de signer avec Lunii, l’éditeur de la fameuse Fabrique à histoires, ce rappel des valeurs de l’entreprise : « les stéréotypes de genre, de race, de classe ou quelconque sont à proscrire ; les personnages doivent être variés et, de manière générale, les aventures des personnages masculins doivent pouvoir être vécues par des personnages féminins et vice-versa. Les filles n’ont pas besoin d’aide masculine pour se sortir des situations délicates ». Présenté ainsi, cela paraît évident mais ça va encore mieux en le disant !

De même, quelle bonne idée que de placer une petite fille sur un tracteur en couverture de ce documentaire sur les aliments qui paraîtra en avril prochain chez Actes sud junior !

Sans doute certains clichés échappent-ils encore à ma vigilance, car on ne se défait pas en quelques années d’une culture ancestrale, mais je passe des heures à essayer de les débusquer, je vous le promets !

 

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